Paris Saint-Lazare Saint-Nom-La-Bretèche. Pendant plus de dix ans, j’ai emprunté cette ligne de banlieue pour me rapprocher de la capitale. Et un peu comme au café du coin, on y trouvait des habitués, des sortes de piliers de gare. Parmi ces figures emblématique, il y avait le violoniste fou. A l’époque où j’ai commencé à prendre le train, il jouait les Danses Hongroises ou quelque chose s’en approchant. Au fil des années, sans doute pour vouloir s’amuser un peu, il a commencé à prendre quelques libertés avec la partition d’origine, ajoutant ça et là des coups d’archets désordonnés. Puis un jour, au beau milieu du morceau, il a commencé à faire grincer les cordes de son violon, comme pour imiter les piaillements d’un oiseau. Lorsque j’ai déserté les sièges du Transilien pour ceux, plus confortables, d’une petite voiture, la mélodie était devenue méconnaissable et il terminait généralement son récital en tournant sur lui-même.
Ligne 9 en direction du Pont de Sèvres. Depuis presque un an, j’emprunte cette ligne parisienne pour me rendre dans l’ouest parisien. Les musiciens de succèdent, des joueurs d’accordéon souvent, et parfois des violonistes. Mais la plupart du temps, absorbée dans ma lecture, un casque sur les oreilles, je ne les entends même plus. Et puis ce matin, alors que, je feuilletais distraitement mon journal, un son a réussi à se frayer jusqu’à mon cerveau encore mal réveillé. Un son familier. Un grincement. Comme le piaillement d’un oiseau. Avant même d’avoir levé les yeux, je savais que c’était lui.