Rien ne me fait autant d’effet qu’une odeur qui plane dans l’air et qui vient chatouiller ma mémoire. Des images, des bruits peuvent me rappeler des souvenirs forts bien sûr, mais les plus profonds, les plus intenses sont toujours liés à l’odorat. Parfois, une simple odeur suffit à me remémorer un lieu ou une personne dans les moindres détails et si je ferme les yeux, l’espace d’un instant, c’est comme si j’y étais à nouveau.
Dans le métro, il y a quelques jours. Je suis plongée dans mon livre. Pourtant, il suffit d’une inspiration pour me faire relever la tête. Quelques molécules de parfum qui ont instantanément allumé les méandres de ma mémoire. Je connais cette odeur, mais à qui appartient-elle ? J’inspire encore, avidement, et j’essaye de me concentrer. Je sens mon esprit comparer, fouiller, associer des idées un peu malgré moi, un peu comme s’il n’avait pas vraiment besoin de ma conscience pour faire le tri. Et puis, comme Proust avec sa madeleine, je sens une pensée se préciser alors j’attrappe le fil et je tire, tout doucement pour ne pas le casser, et petit à petit l’image se dessine. J’inspire une dernière fois, je ferme les yeux, et pendant quelques secondes, il est juste à côté de moi. La sonnerie du métro retentit, les portes claquent, je rouvre les yeux. Je descends à la prochaine.