Posted in Blabla on mercredi 16 mars 2011 by klaims

Face au journal de 20 heures, face aux infos terribles qui nous arrivent, servies sur un plateau à l’heure du dîner, on a tous une sorte de carapace. Un protection, souvent due à la distance entre nous et les évènements. C’est la fameuse règle de proximité. Ça je l’ai appris à l’école. Ce qu’il se passe à côté de chez toi t’intéressera toujours plus que ce qu’il se passe à l’autre bout du monde. Et ce qu’il se passe à l’autre bout du monde te touchera toujours moins que ce qu’il se passe à côté de chez toi. Mais il y a des exceptions. Avoir un proche « là-bas » au moment où une catastrophe se produit « là-bas », ça change la donne, ça modifie les distances. Que mon père soit à Tokyo au moment du séisme, forcément, ça m’a rapproché, de lui et de tout le pays. Mais pas seulement. Au-delà de l’angoisse, de la peur ressentie pour mon père, ça a ouvert une brèche. Cette protection qui me permet de raconter de façon neutre ce qui se passe quotidiennement en France, dans le monde, parce que c’est mon métier, est en train de se fissurer. Mon père est rentré, il est en sécurité, et pourtant j’ai toujours cette boule au ventre. Maintenant, chaque info que j’entends, que je réécris, que je retransmets, je me la prends de plein fouet.

Posted in Blabla on lundi 14 mars 2011 by klaims

La terre a tremblé là-bas et moi j’ai tremblé ici. Pour lui. Et puis le tsunami a balayé la côte et l’angoisse a inondé mon esprit. Sans prévenir, je me suis retrouvée avec une boule au ventre, qui brûle, qui se consume, qui irradie. Une peur brute chevillée au corps, des larmes qui rongent comme de l’acide et le cerveau en surchauffe.

Alors internet, mails, messagerie deviennent un nouveau cordon ombilical. S’accrocher à un terminal en permanence pour ne pas perdre le contact. Toujours avoir un œil sur la messagerie instantanée. « Tant qu’il est connecté, c’est que ça va là-bas ». Et parler, parler, parler, de tout, de rien, du temps qu’il fait, de choses anodines. Mais parler pour être sûre qu’il est toujours là.

Il y a aussi l’information en transfusion, comme une drogue, un calmant et un poison à la fois. Qui alimente l’imagination mais permet de se raccrocher à quelque chose. Tout sauf l’ignorance et le silence. Alors on consulte compulsivement toutes les sources qui nous tombent sous la souris, jusqu’à l’obsession. En comparant les différentes versions, de la plus rassurante à la plus alarmiste. Mes confrères sont devenus mes dealers et pour la première fois de ma vie j’ai détesté ma profession.

Et puis il y a l’attente. « Quand est ce que vous allez le faire rentrer ? » « On ne sait pas mademoiselle. » « Demain. » « Non, finalement dans 5 jours. » « Normalement son avion décolle ce soir. » « Il a pris trop de
retard, le vol est annulé. » « Il part demain, cette fois c’est sur. » Cette fois c’est sur, ils l’ont dit.

Mais la seule certitude c’est la peur. La peur d’une nouvelle secousse, la peur des risques nucléaires, la peur que les médias ne disent pas tout. La peur de ma vie, pour la sienne.

Maintenant, il est en route. Pour de bon. Mais je serai complètement rassurée quand il aura posé le pied sur une terre qui ne tremble pas. Pas avant. Jamais je n’aurai autant attendu un putain d’avion.

 

[Ca y est, il est rentré et mon coeur s’est remis à battre. Mais je garde toujours dans un coin de ma tête une pensée pour ceux qui sont encore là-bas, ceux dont des proches, des amis, de la famille sont là-bas.]

Posted in Blabla on dimanche 13 février 2011 by klaims

Tic tac tic tac tic tac.

En ce moment, j’ai une horloge dans la tête. Une horloge aux aiguilles tordues, un peu capricieuse, qui ralentit le temps ou l’accélère quand bon lui chante. Elle égrène les les minutes, les heures, les jours que je compte et décompte.

Au travail, je vis une une sorte de bullet time permanent. Dans la course à l’info, les secondes comptent comme des minutes. Tout se joue dans l’instant, à peine le temps de dire ouf, encore moins de l’écrire. « Antenne dans deux minutes ». Vite, une dernière brève, une dernière tournure de phrase, une information supplémentaire. Moi doigts courent sur le clavier puis c’est moi qui cours, dans le couloir, jusqu’à l’imprimante, jusqu’au studio. On air. En deux minutes, tout devient volatile, tout ce que j’ai écrit passe dans l’air, se transforme en onde, et la feuille noircie d’encre encore fraîche devient obsolète.

Si les minutes passent lentement, les heures, elles, passent à toute vitesse. À un rythme singulier, décalé, sur un autre fuseau horaire. Mon réveil est devenu mon meilleur allié et mon plus grand ennemi. C’est lui qui bat le tempo. Il sonne. Je me lève en plein nuit, à l’heure à laquelle je me couchais il n’y a pas si longtemps. Il sonne, je retourne me coucher en plein jour, pour grappiller quelques heures de sommeil, jamais suffisantes à mon goût. Il sonne. Je me réveille à nouveau, souvent hagarde, et pour la seconde fois je lutte pour m’arracher à mon lit. Il sonne. Je quitte à contrecoeur un repas partagé, une discussion animée ou un livre passionnant pour une nouvelle nuit qui passera trop vite.

Je compte les minutes qu’il me reste avant de passer à l’antenne, les heures qu’il me reste avant de devoir me lever, mais surtout, je compte les jours. Ceux qui me séparent de la fin de la semaine, d’un retour à Paris, de Ses bras, de ma famille, de mes amis. J’apprécie la vie ici, les personnes qui en font partie. Et je profite du présent, je partage, je découvre, je rencontre, j’apprends. Mais dans un coin de mon esprit, l’horloge tourne et le décompte continue.

Tic tac tic tac tic tac.

Tiens, mon réveil vient de sonner, c’est déjà l’heure d’y aller.

Posted in Blabla on lundi 31 janvier 2011 by klaims

Ça fait tout drôle de revenir ici après si longtemps. Sept mois déjà. En rouvrant cette page, j’ai un peu l’impression de rentrer chez moi après un long voyage. Je retrouve les meubles comme je les avais laissés. Rien n’a bougé. Il y a juste la fine couche de poussière du temps qui passe qui s’est déposée par endroits. Pourtant j’ai souvent eu envie de repasser dans le coin. Les idées ne manquaient pas, loin de là. Parce que sept mois de vie, ça fait des milliers de souvenirs, d’instants à raconter, à coucher sur le papier. Surtout ces sept mois-là. Si je n’ai pas poussé la porte plus tôt, c’est parce que mon travail engloutit mon énergie. Je passe mes nuits et une partie de mes journées à écrire. Mais à écrire efficace. Sexy, précis, concis, comme on me l’a appris pendant deux ans. Exactement l’inverse d’ici. Alors quand ma journée de travail se termine, à l’heure où certains arrivent tout juste au bureau, je n’ai plus la force d’écrire joli. Jusqu’à ce soir. Ce soir j’ai décidé de rentrer. D’ouvrir grand les volets, les fenêtres et de secouer les draps. Bien sûr, les gonds de la porte sont un peu rouillés, il faut forcer sur la serrure, et une légère odeur de renfermé flotte dans l’air. Mais je suis chez moi, et je compte bien y rester.

Posted in Blabla on vendredi 18 juin 2010 by klaims

La vie est faite de choix, ça je le sais depuis un bon bout de temps. Et aujourd’hui je me retrouve face à un choix. Important. Peut-être le plus important que j’aie eu à faire jusqu’ici. Le genre de décision pour laquelle tu aimerais bien avoir droit au 50/50, à l’appel à un ami et à l’avis du public. Sauf que là, je ne vais même pas avoir le temps pour ça. Je dois me prononcer, et vite. Il y a encore quelques mois, ma route était toute tracée, bien rectiligne. Là je me retrouve à un embranchement avec mon cerveau qui pédale en guise de GPS. Je sais que je n’irai pas dans le mur et c’est déjà une bonne chose. Et puis je sais où je veux aller, mais il existe des tas d’itinéraires possibles. Alors je suppose, j’anticipe, j’extrapole, et je me raccroche à l’idée que tous les chemins mènent à Rome. Il suffit de ne pas se perdre en route.

Posted in Blabla on lundi 7 juin 2010 by klaims

Il est trois heures du matin et j’achète des chaussures à talons sur internet. J’aimerais bien dormir mais trop de choses tournent dans ma tête. Pour la première fois de ma vie, je n’ai plus de devoir à rendre, plus d’examen à préparer, plus de mémoire à rédiger. Toutes ces épées de Damoclès qui ont rythmé mes études, ces journées passées à repousser les échéances, ces nuits blanchies au café et à la nicotine pour terminer à temps. C’est fini, enfin. Des heures volées à Morphée, des montées d’adrénalines à l’approche des deadlines, je sais que j’en aurai d’autres, mais pas pour les mêmes raisons. La forme sera identique, le fond n’aura plus rien à voir.

Jeudi matin, j’ai définitivement quitté mon statut d’étudiante. Cette étiquette qui me collait tellement à la peau que j’avais fini par oublier qu’un jour elle se détacherait. Derrière le micro, ma voix tremblait, comme lors de mon tout premier passage à l’antenne, deux ans plus tôt. Dans le casque, je me suis entendue moduler un flash, égrener l’actualité du jour, mais de loin, sans vraiment être là. Puis je suis sortie du studio et j’ai écouté l’examinateur avec l’impression de vivre le jugement dernier. Débrief, note, rapide calcul. Admise. Le bout du tunnel est là. Je suis dehors mais tout est encore flou autour de moi. Il est trois heures du matin et j’achète des chaussures à talons sur internet. Gagner quelques centimètres en hauteur pour compenser le vertige.

Posted in Blabla on vendredi 14 mai 2010 by klaims

Les préjugés m’ont toujours gonflé. Les idées préconçues, les catégorisations à tout prix, les sales réputations. Que ce soit pour un film, un bouquin ou une personne, je préfère toujours forger ma propre opinion toute seule. Ce n’est pas forcément évident de faire abstraction des critiques. Qu’elles soient positives ou négatives. Mais j’essaye d’oublier tout ce que j’ai entendu, de garder l’esprit le plus vierge possible pour y imprimer moi-même mon avis. Parce que je ne sais que trop bien à quel point les apparences peuvent être trompeuses, les opinions déformées et les paroles mal interprétées. Ne pas juger un livre d’après sa couverture, l’habit ne fait pas le moine… Ce genre de réflexion n’est pas inédit mais j’ai l’impression que, si tout le monde est d’accord sur la théorie, le passage à la pratique est rare. Après, bien sur, il m’arrive d’être déçue, de me ramasser, de me ranger à l’avis général. Parce que les mauvais films, les livres chiants et les cons, ça existe. Mais quelque fois, j’ai de jolies surprises. Quand je regarde en arrière, mes plus beaux imprévus sont aussi ceux qui ont eu le plus d’impact sur ma vie. Et ce genre d’inattendu, ça vaut bien tous les ratés de la terre.